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Les initiatives se multiplient, les chiffres annoncés sont étourdissants et bien souvent, reconnaissons-le, peu réalistes. Il n’y a qu’à faire l’inventaire historique des promesses étatiques pour l’aide humanitaire internationale ou pour atteindre la réduction des émissions GES, pour constater que les résultats sont rarement ou difficilement à la hauteur des ambitions et déclarations.
Lors de la dernière campagne électorale canadienne, ont été annoncés des engagements pour la plantation allant de deux milliards d’arbres sur une période de 10 ans à 10 milliards sur 30 ans. D’autres pays aux quatre coins de la planète se sont engagés aussi à planter des millions voir des milliards d'arbres. En parallèle, les Nations Unies ont annoncé une décennie de restauration des écosystèmes avec comme objectif de restaurer 350 millions d'hectares, une superficie plus grande que celle de l'Inde, d'ici 2030.
Reconnaissons que si tout cela se réalise, tant mieux, mais il serait sage d’accompagner ces démarches d’envergure par une multitude de petites initiatives à l’échelle de nos communautés et de l’individu. Dans ce sens, nous observons déjà moult programmes de compensation de nos émissions tels que l’achat de crédits carbone issus de projets d’énergie renouvelable, d’efficacité énergétique, de gestion des matières résiduelles, de reforestation, d'agroforesterie pour ne citer que les plus connus. La plantation d’arbres, ici ou ailleurs dans le monde, est l’approche qui a le plus gagné en popularité.
Pendant ce temps-là, la déforestation mondiale principalement due à l'agriculture, à l'exploitation minière, au développement des infrastructures et aux incendies qui se sont intensifiés en raison du réchauffement climatique, se poursuit à un rythme effréné. Cette disparition affecte tout particulièrement la forêt tropicale primaire avec des forêts qui, une fois abattues risquent de ne jamais retrouver leur état d'origine. Nous avons tous vu les images de la forêt amazonienne partir en flamme, tout particulièrement au Brésil où la déforestation s’est de nouveau accélérée depuis un an.
Je regardais comme bien d’entre vous ces images cet été, et une question surgit à mon esprit : qu’en est-il des forêts dites protégées dans le cadre des programmes de compensations ? Partent-elles aussi en fumée ?
Au moment d’écrire ces lignes, encore rares sont les programmes de compensation, visant la protection et la plantation, affectés par des pertes majeures ou totales. Bonne nouvelle me dirait vous…oui, mais pour combien de temps? Car les incendies sont pour certains criminels et pour d’autres incontrôlés, voire les deux… De plus, dans le cas de l’Amazonie, les indigènes peuplant ces forêts depuis toujours sont régulièrement menacés ou repoussés par des exploitants peu scrupuleux, bien que leurs terres composées principalement de forêts soient généralement considérées ou classées comme protégées.
Alors que faire ? Certes, encourager les initiatives de nos gouvernements et exiger une reddition de comptes annuelle s’avèrent incontournable. Mais ce serait trop facile de laisser la tâche juste aux autres. Les enjeux sont trop importants et trop urgents, comme le répètent le secrétaire général des Nations Unies et la communauté scientifique et tant d’autres, pour attendre de voir si ces grandes initiatives seront bel et bien implémentées et porteront leurs fruits. Il nous revient à titre d’individu, de consommateur, d’utilisateur, de pourvoyeur… de faire notre part, et d’avoir un impact positif maintenant, pas dans 10, 30 ou 50 ans.
Car le temps est une dimension critique dans l’équation. Nos émanations à titre individuel s’additionnent à chaque instant. Au Canada, les émissions de GES par habitant sont estimées à 14.9 tCO2eq positionnant le pays au 4e rang, non loin derrière l’Arabie saoudite, l’Australie et les États-Unis (la France serait 15e avec 4.5t). Les principales sources d’émanation étant l’énergie et le transport. Parlant de transport, il est intéressant de rappeler que selon une toute nouvelle étude du UNWTO, le transport relié au tourisme représente plus de 22% des émissions globales du secteur du transport...de quoi faire réfléchir lorsque nous planifions nos vacances annuelles.
La notion du temps est importante, car le CO2 peut rester dans l’atmosphère jusqu’à 100 ans…ce qui veut dire que les compensations forestières ne fonctionnent que si les arbres restent intacts pendant un siècle. J’aime bien cette citation sur le sujet d’Abigail Swann, professeure d’écologie à l’université de Washington. « En ce sens, les compensations sont comme la carte de crédit la plus indulgente au monde : l'acheteur obtient tous les avantages dès le départ, alors qu'il faut un siècle pour que la dette soit entièrement remboursée. »
Autre élément non négligeable qu’il faut bien comprendre, c’est que lorsque les arbres captent le CO2, le gaz ne disparaît pas comme par magie. En effet, les arbres, tout en libérant de l’oxygène (O2), stockent simplement le carbone, l'incorporant dans leurs tissus vivants au fur et à mesure de leur croissance, c’est le processus de la photosynthèse. Ces « puits de carbone » absorbent ainsi plus de CO2 qu'ils n'en rejettent. Seulement voilà, lorsqu’ils meurent, avec le phénomène de décomposition ou de combustion, le carbone accumulé retourne dans l'atmosphère sous la forme de CO2.
Aussi ce sont des arbres matures qui sont généralement coupés pendant que ceux plantés ne font que quelques centimètres de diamètre… Même si la croissance de l’arbre est un facteur important dans l’absorption du CO2, il est démontré qu’un arbre mature capte beaucoup plus de CO2 qu’un jeune, et certaines espèces plus que d’autres. Vous comprendrez ainsi que cela peut prendre des années pour compenser un voyage en avion. Et ceci, si les arbres survivent, car tout programme de compensation devrait non seulement prendre en compte le remplacement des arbres qui ne survivent pas, mais s’assurer aussi que le lieu de plantation est protégé pour au moins les 50 prochaines années si ce n’est pas ad vitam æternam.
Autant dire que si nous sommes réellement consciencieux de l’avenir de notre belle planète, il faut penser en premier lieu à réduire notre consommation pour minimiser notre empreinte carbone et adopter des pratiques avec faible empreinte. Lorsqu’un achat ou un voyage s’avère indispensable, il nous revient de toujours penser à la solution la plus écologique, et prendre le réflexe de compenser nos émissions de GES que l’on n’arrive pas à éviter.
Des programmes qui visent la protection de milieux naturels à risque de destruction devraient être notre premier réflexe, avant même de planter. Planter pour restaurer, c’est très bien, mais encore mieux lorsqu’il y a un programme rigoureux de suivi et de protection de ces plantations. Les programmes de crédits carbone certifiés (Gold Std, VCS,…) sont à privilégier bien que comportant des failles pour certains. Planter en milieu urbain est encore plus intéressant qu’en région rurale, car on profite ainsi de plusieurs effets bénéfiques qu'offrent les arbres : Lutte aux ilots de chaleur; connectivité des milieux naturels; biodiversité augmentée; purification de l’air; rétention/captation des eaux de pluie, paysages améliorés, etc.
La nature nous rend un grand service, à nous d’en prendre soin!