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Cet article ne fut pas des plus faciles à écrire pour moi, car si contrairement aux précédents je n’ai effectué que peu de recherches pour le rédiger, il a cependant nécessité une profonde réflexion sur mon rôle en tant que vecteur de communication de la cause environnementale et des bonnes pratiques à adopter. Cette réflexion m’a rappelé que je suis encore loin d’être exemplaire et que si bon nombre d’ami·es trouvent que je représente un bon citoyen défenseur de notre chère planète, mon empreinte environnementale continue de naviguer bien au-dessus du plafond idéal de ce qui est soutenable.


Un certain malaise s’installe ainsi dans mon esprit, à savoir, comment puis-je être critique du comportement des autres si moi-même je n’agis pas en conformité avec les recommandations que je prêche. Suis-je même crédible lorsque j’incite au changement de comportement ?


Cette question, sans aucun doute, bien des acteurs environnementalistes et écologistes se la posent; et elle est valable, quelle que soit la cause soutenue. Ce questionnement pourrait être encore plus lourd de sens si je faisais partie d’un mouvement environnementaliste, car chez les « purs et durs » il n’y a pas grande place aux fautes d’écart, on peut même se faire montrer la sortie pour ne pas vivre selon les valeurs véhiculées.  Certaines personnes y dénonceront un manque de tolérance, et pourraient conclure que d’un bord comme de l’autre de la barrière, il n’y a pas de place pour celles et ceux qui ne respectent pas le code de conduite.


Est-ce pour cela que je n’ai jamais osé franchir le pas de me joindre à un groupement d’activistes comme Greenpeace, Extinction Rebellion ou encore les Soulèvements de la Terre? Ou est-ce la peur de me voir fiché un jour par la police, dans un monde où certaines paroles ou certains gestes, incluant ceux qui visent à dénoncer le tort causé au bien commun, peuvent subir une répression plus appuyée de la part des autorités gouvernementales et finir condamnés. Un rapport d’Amnesty International souligne d’ailleurs très bien cette tendance mondiale, de l’État de droit menacé.


Ces questions, je me les pose et les retourne dans tous les sens ces jours-ci, car le secteur de l’aide internationale que je fréquente depuis 10 ans est malmené et mon espoir d’y poursuivre carrière s’amenuise. La prochaine étape pourrait me mener vers un changement important de mon occupation professionnelle, mais aussi de mon quotidien…


Mais revenons au sujet principal, avec une petite anecdote non anodine. Je me trouvais assis à la table, en France, chez une amie en compagnie de sa fille. Je me suis mis à questionner cette jeune entrepreneure sur un modèle d’affaires qu’elle avait initié et qui consiste à remettre en marché des vêtements de seconde main. C’est ainsi qu’au cours de la conversation je me suis mis à donner une leçon sur les impacts environnementaux d’un modèle qui, si de prime abord part d’un bon principe, génère un impact environnemental non négligeable principalement dû au mode de livraison porte-à-porte. Mon intervention, probablement mal amenée, résultat en une question directe de sa part : « et toi tu es venu comment du Canada ? ». Cette question m’a surpris, créant un certain inconfort et pour laquelle j’ai tenté de défendre mon choix. Oui j’ai pris l’avion, mais c’est le mode le plus viable en fonction du temps qui m’est imparti, ai-je ainsi répliqué. J’aurais pu argumenter que mon bilan reste honorable sachant que de toute façon je travaille fort dans mon métier à encourager le changement comportemental en faveur d’un environnement plus sain, à établir des politiques et des guides de bonnes pratiques « vertes » …blablabla.


Mais en fin de compte la vraie question réside dans mon choix de vie qui, reconnaissons-le, m’amène à prendre l’avion régulièrement soit pour le travail soit pour motifs personnels. Les personnes expatriées ou travaillant à l’international sont constamment frappées par ce dilemme…enfin, lorsque la conscience environnementale les habite.

Pouvons-nous parler de décroissance et consommer sans retenue ? Pouvons-nous travailler pour un organisme défenseur de l’environnement et commuter tous les jours en auto solo? Pouvons-nous nous dire écolos sans être végétariens ? Pouvons-nous animer des ateliers, conférences ou formations sur les bonnes pratiques environnementales et en même temps voyager aux quatre coins de la planète ? Dans ce dernier scénario, je ne peux m’empêcher de penser à cet ex-PDG de Greenpeace, Paul Gilding, qui aujourd’hui parcourt le monde pour encourager les entreprises à adopter des pratiques plus durables.


À ma défense et à celles et ceux qui vivent tel dilemme, je crois que dans bien des cas le coût environnemental est nécessaire, car les retombées peuvent être bien plus importantes que de rester dans son coin. Si les communications virtuelles avec la vidéoconférence aident à informer et sensibiliser, elles démontrent rapidement leurs limites (liens sociaux amoindris, cocréation faible, connexions défaillantes, etc.), et ne sont pas non plus sans impacts sur la planète (énergie, eau, minerais…en lien avec les data centers, l’IA, et le matériel informatique).


Soyons clairs, dans nos sociétés modernes, vivre sans empreinte environnementale est impossible, et avoir un bilan carbone positif requiert de jouer la carte de la compensation or celle-ci ne répond généralement pas à l’enjeu sur le court terme et peu dans bien des cas s’avérer totalement inefficace.

Alors même si la fin justifie les moyens, on doit tout de même se demander si cela va dans le bon sens. On ne parle pas juste de changements climatiques, mais bel et bien d’urgence climatique. L’urgence d’agir pour inverser la tendance, soit arrêter le réchauffement planétaire en réduisant significativement les émissions de CO2. Sans oublier l’urgence de freiner la destruction de la biodiversité, enrayer la pollution tous azimuts, et agir positivement que ce soit par la régénération des sols, le nettoyage des cours d’eau, la conversion aux énergies renouvelables (et non le simple ajout d’une autre source d’énergie), la réintégration de la biodiversité, etc.


À mesure urgente…réponse drastique alors? Là, je sens que je vais perdre du monde ;-)

Mais soyons honnête, si on veut voir un réel changement, on ne peut pas attendre que la prochaine génération s’engage, il nous revient à tous·tes de faire les justes choix, et maintenant.  


Dans mon cas, ce serait de réduire drastiquement l’avion en premier lieu, et aussi passer à un régime végétarien. Suis-je prêt à le faire et accepter pleinement de tels choix de vie ? … j’espère que les prochains mois vont m’apporter les réponses, que je puisse ainsi vivre, le plus possible, en toute cohérence avec mes valeurs.


Pour conclure, je reviens sur le titre de l’article « pureté militante ». Un terme qui peut faire penser à une course à la perfection pouvant aboutir en une forme d’élitisme pour certains et de découragement pour d’autres. Telle terminologie est liée à une forme de moralisme progressiste, soit un moralisme réprobateur et justicier, tel que l’explique la sociologue Wendy Brown.

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Vous comprendrez que si j’ai utilisé ce terme, ce n’est pas juste qu’il m’avait récemment interpellé, mais aussi pour piquer la curiosité chez les gens. Car, plutôt que de chercher à adopter la ligne de conduite irréprochable, avec le « ni écart, ni contradiction », tentons avant tout de garder une certaine cohérence entre nos propos et nos actes, ou encore comme le dit cette expression québécoise que j’affectionne, « que nos bottines suivent nos babines ».

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Je participais récemment à une session de la Fresque des nouveaux récits. Un bel atelier bien ficelé amenant les participants à comprendre les freins et les motivations des individus pour passer à l’action de la transition écologique.

La fresque des nouveaux récits est une approche calquée sur la Fresque du Climat, dont je parlais dans mon article de mars 2024. J’ai aussi eu l’occasion par le passé de participer à d’autres fresques toutes aussi pertinentes les unes que les autres, telles que la fresque du numérique ou celle de l’économie circulaire.

Un des éléments discutés en groupe avec l’animateur portait sur la « clé » au verrou en lien avec l’éducation et la culture. Il nous faut nous éloigner des « normes socio-écocidaires » basées sur des récits dominants qui véhiculent des normes sociales incompatibles avec les limites planétaires (voyages lointains, achats de biens sans limites, etc.) et les planchers sociaux (exploitation humaine, inégalités engendrées, etc.). L’adoption d’un « nouveau paradigme » est nécessaire, offrant de nouveaux récits diffusant des normes sociales qui soient compatibles avec les limites planétaires et les planchers sociaux. Ces nouveaux récits pourront ainsi accélérer la transition grâce à l’atteinte de points de bascule sociaux. 

Cet article s’inspire aussi de ma participation l’automne dernier à un autre atelier fort intéressant, soit celui des Inner Development Goals (IDG). Cette initiative a été cocréé par plus de 1 000 scientifiques, experts et professionnels des ressources humaines et du développement durable, en réponse au constat que les Objectifs de Développement Durable (ODD ou SDG en anglais) des Nations Unies pour 2030 ne progressaient pas ou peu voire même des régressions étaient observées dans certains champs d’action (voir le rapport de mi-parcours publié en 2023). Le constat fait par ces experts fut que ce qui manque largement dans les stratégies actuelles, c'est une vision claire des capacités, qualités ou compétences que nous devons développer chez les individus, les groupes et les organisations qui jouent un rôle crucial dans la réalisation des ODD. L’approche retenue part du principe qu’il est nécessaire de changer les personnes pour changer les systèmes et que les compétences intérieures dont nous avons besoin pour compléter et accélérer nos approches extérieures peuvent être développées.

Un guide et des outils reposant sur 25 compétences réparties en 5 dimensions ont ainsi été développés et mis à la disposition du monde entier. Les cinq dimensions sont :
Être (Cultiver et développer sa vie intérieure); Penser (Comprendre la complexité du monde); Se relier (Prendre soin des autres et du monde); Coopérer (Instaurer une relation de confiance et agir ensemble); Agir (conduire et accompagner le changement). 

Parmi les messages clés que comporte cette démarche et qui rejoint pleinement ma propre pensée est qu’il est nécessaire d’établir des relations et des liens fondés sur la bienveillance, la compassion et le sentiment d’appartenance à une communauté, à la planète et aux générations futures tout en contribuant à bâtir un monde plus juste, inclusif et prospère.

Troisième source d’information ayant alimenté ma réflexion sur le sujet, est ce texte d’Alice Carabédian dans le no.71 (aout-sept 2025) du magazine Socialter. Cette philosophe et essayiste, spécialiste de la science-fiction, nous parle de la dystopie ou l’imaginaire de la fatalité, ayant fait le constat que s’installe dans l’esprit des gens la peur de la fin du monde, avec l’idée que le pire est inévitable et que les dés sont jetés. Nous sommes arrivés au point où cette fatalité ne dérange plus et devient juste un spectacle, alimenté par les nouvelles et certains films visant le grand public. Pour ainsi, Alice nous invite à une réappropriation du futur, en façonnant nos imaginaires collectifs de manière nouvelle et enviable. Pour contrer la dystopie et son fatalisme, il faut nous apercevoir que d’autres possibles existent et imaginer des futurs désirables laissant de nouveau place à l’utopie (terme inventé par Thomas More qui dépeint dans son livre Utopia, une société idéale).

Alors plutôt que de suggérer une liste d’idées et de solutions, je laisse votre imaginaire opérer pour définir un monde idéal, un monde auquel vous aspirez. Et si vous êtes coincés sur la page blanche, voici tout de même un certain nombre d’écrits et de documentaires que j’ai choisis pour être reconnu comme biens construits, instructifs et inspirants. Ils démontrent que d’autres futurs sont possibles, au travers d’expériences concrètes et éprouvées ou de récits imaginaires. Ils invitent à construire collectivement de nouveaux récits, centrés sur l’harmonie et l’inclusion, le bien-être des humains et de la planète, l’équité et la justice, le respect et l’interdépendance, et bien d’autres valeurs trop souvent délaissées.

Et comme une personne inconnue (au moins de moi) l’a si bien dit :  It’s too late to be pessismistic!
 
Livres : Demain de Cyrile Dion (en film aussi) et Demain le Québec; Le Ministère du futur de Kim Stanley Robinson; Les Furtifs d’Alain Damasio; Renaissance écologique de Julien Dossier; Hexa de Gabrielle Filteau-Chiba; Et si…on libérait notre imagination pour créer le futur que nous voulons ? de Rob Hopkins; et cette liste du site de la fresque des nouveaux récits.

Films documentaires : 
Un monde nouveau de Cyrile Dion en 3 épisodes, dont voici deux petits extraits.
  • Ministre Env.&Chang. Climat au Brésil : « Notre idéal de l’avoir (monde fini) a remplacé notre idéal de l’être (qui est infini) »
  • Pépé Mujica (ex. président de l’Uruguay) : « les gens confondent le bonheur avec le fait d’avoir, être avec avoir » « sobriété de vie est une garantie de liberté »…« quand tu achètes de nouvelles choses, tu ne les achètes pas avec de l’argent, mais avec du temps, ce temps que tu as passé pour obtenir cet argent »
 
Hope de Javier Pena une série en 6 épisodes remplis d’idées concrètes et inspirantes pour faire face à la crise climatique

La terre vue du cœur, un magnifique film qui dresse un portrait de la relation entre l’humain et le reste du vivant et offre des réflexions et des pistes pour revoir notre approche… On y retrouve Hubert Reeves, Frédéric Lenoir et bien d’autres intervenants qui pourraient vous être familiers.    
  • F. Lenoir : « Il y a une prise de conscience qui est en train de se faire. … Il suffit que 20 ou 25% qui vit autrement…le seuil de basculement de la société » « Énergie et conscience qui sont en train de faire bouger les choses. »
Pouvons-nous faire décroitre l’économie? avec Timothé Parrique, économiste qui a écrit Ralentir ou périr.

Love thy Nature avec Liam Neeson comme narrateur. De magnifiques images, un beau récit.

Climat, mon cerveau fait l’autruche, enquête scientifique de Raphaël Hitier qui aborde les biais cognitifs, contradictions et peurs qui nous habitent quand il s'agit de changer nos habitudes de vie, menant ainsi à l’inaction.

Normal is over avec entres autres :
  • Paul Gilding, ancien PDG de Greenpeace devenu consultant et auteur : « La croissance économique se poursuit... mais l'humanité paie avec une carte de crédit planétaire... le moment viendra où il faudra rembourser. »
  • Ian McCallum – docteur, psychiatre, poète, auteur : « Lorsque le bien-être des autres devient primordial, votre propre bien-être est presque garanti. »
  • Kate Ratworth – économiste et auteure de la théorie du donut : « Chacun d'entre nous a un impact sur l'économie : la façon dont nous faisons nos achats, voyageons, mangeons, investissons, votons, protestons, le travail que nous faisons, etc. » « Nous avons tous des réseaux dans nos vies. » « Le système change lorsque de nombreuses petites actions se mettent en place et commencent à créer un mouvement. »
 
PS: Je n’ai pas lu tous les livres référés, mais j’ai apprécié chaque minute des films/documentaires listés.


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Combien de fois ai-je entendu « on mange ou fait cela depuis toujours, et on n’en est pas mort, ou encore, c’est bon de manger un peu de saleté »…venant d’un parent ou ami de la génération précédente. Et moi d’argumenter, oui, mais aujourd’hui, ce n’est plus comme avant.

Si l’on me prête oreille, par sympathie ou respect de mes opinions, mon argumentaire ne semble que trop rarement convaincre. Peut-être suis-je aujourd’hui perçu comme un « taliban vert » qui ne propose que des idées pour beaucoup considérées trop radicales, ou est-ce tout simplement conséquence du désir des uns et des autres de maintenir un statu quo, qui bien qu’imparfait semble satisfaisant et offre réconfort face à la peur du changement. Dans bien des cas réside aussi le sentiment d’impuissance pour instaurer le changement. Quelle que soit la raison, force est de constater qu’il me faut construire un argumentaire plus solide si je veux voir le changement opérer, en commençant par une plus grande prise de conscience collective.
Et c’est en parcourant, il y a quelque mois, une étude publiée dans le journal The Lancet, que j’ai trouvé formulé ce que je cherchais à dire ou expliquer.


Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, voici une petite anecdote qui a déjà plus de 15 ans. Je mangeais un midi dans un restaurant du centre-ville en compagnie d’un collègue, consultant comme moi et économiste de formation, travaillant régulièrement pour le secteur de la santé. Je lui fis part de mon désarroi d’avoir vu partir deux amies chères qui malgré leur magnifique énergie et volonté de continuer à profiter de la vie, ont finis pas succomber au cancer. Cela sans compter un nombre en apparence croissant de cas qui circulait. Mon collègue pose alors sa fourchette, me regarde et me dit « Frédéric, tu as juste à penser à ce que l’on mange, boit, respire et même ce que l’on porte » pour m’expliquer que nous sommes constamment exposés à des contaminants et polluants qui s’accumulent dans notre corps et qui sont principalement le fruit de l’industrie chimique. 

À constamment vouloir plus de performance et d’efficacité, pour une croissance sans limites, nous avons contaminé l’air que nous respirons et rendus malades nos sols et nos cours d’eau, et comme si ce n’était pas suffisant, nous avons inclus dans nos produits quotidiens une multitude de composants néfastes, afin de les rendre plus résistants, plus étanches, plus flexibles ou encore moins adhérents. Je dis « nous » en faisant référence à l’humain, et je m’inclus aussi, car en tant que consommateur, trop souvent ignorant, j’encourage aussi, encore aujourd’hui, bon nombre de ces pratiques. 


Ce ne sont pas seulement les polluants éternels, encore connus sous le nom de PFAS, qui sont de plus en plus en plus sous les projecteurs des législateurs, mais aussi une longue liste de produits utilisés en agriculture comme engrais, pesticides ou fongicides, ou comme additifs (+ de 15 000) dans la fabrication des plastiques, ou encore pour la fabrication de nos vêtements.
Nous sommes bombardés tous les jours de polluants chimiques et encore plus dans nos cités où la pollution atmosphérique en rajoute une couche. Mais ce n’est pas dire qu’à la campagne ce soit beaucoup mieux, car si vous habitez près de champs cultivés de façon industrielle il est malheureusement probable que vous respiriez un air ou buviez une eau contaminée. Dernièrement, les journaux français relataient les conclusions d’une étude sur la surexposition aux pesticides des personnes vivant à proximité des zones viticoles, et que dire des vastes champs de coton aspergés de la chimie sous forme d’herbicides, pesticides et engrais dans des pays où la réglementation est encore plus laxiste si même existante.

En octobre de cette année, le même journal The Lancet a publié le fruit du travail d’une commission sur les systèmes alimentaires (EAT-Lancet Commissions). On y fait référence aux neuf limites planétaires, dont 7 ont désormais dépassé la zone dite soutenable. On retrouve parmi ces 7, la pollution chimique et la perturbation des cycles biochimiques. Ce rapport cite clairement que l’utilisation excessive d’azote et de phosphore dans l’agriculture cause une pollution environnementale, menant à la perte de biodiversité et engendre des impacts sur la santé humaine (maladie de la thyroïde, cancer colorectal, malformation congénitale, etc.) 

Alors, revenons à cet article publié dans The Lancet à l’été 2024 qui m’a interpellé et qui relate que bien que les décès liés au cancer soient en baisse, les nouveaux cas eux sont en augmentation et tout particulièrement les cancers précoces, c'est-à-dire les cancers touchant les adultes de moins de 50 ans. Un rapport novateur de l'American Cancer Society a examiné les taux de 34 types de cancer différents sur plusieurs décennies et a constaté que 17 d'entre eux étaient plus fréquents chez les milléniaux (gén. Y, 1981-1996) et la génération X (1966-1980).
En gros, ce qu’illustre la distribution des statistiques par tranche d’âge c’est qu’en fait les générations X et Y ont été exposées depuis leur tendre enfance à tout un cocktail chimique, sachant que c’est à partir des années 60 et 70, que l’utilisation massive des produits chimiques s’est invitée dans notre agriculture et processus de fabrication, transformation et conditionnement. Autrement dit si la génération des baby-boomers est loin d’être épargnée, elles et ils ont pu grandir pour la majorité dans des environnements moins contaminés qu’ils ne le sont devenus au cours des derniers 50 ans.

Une étude publiée dernièrement par l’European Society for Medical Oncology portant sur les taux d’incidences de cancers chez les jeunes, arrive avec des conclusions fort similaires. On peut y lire ce qui suit :
« L'évolution des schémas d'exposition aux facteurs de risque pendant la période prénatale, la petite enfance et le début de l'âge adulte, à partir du milieu du XXe siècle, a peut-être contribué de manière significative à l'augmentation des cas de cancer précoce. Parmi les associations notables, on peut citer l'obésité et le syndrome métabolique, l'utilisation d'antibiotiques pendant la petite enfance (et son impact sur le microbiome), une plus grande exposition aux substances cancérigènes et aux polluants environnementaux, les perturbateurs endocriniens provenant de diverses sources et les changements de mode de vie (par exemple, l'alimentation, l'activité physique et les habitudes de sommeil). L'interaction entre ces composés et les susceptibilités (poly)génétiques ou épigénétiques ajoute une autre couche de complexité. »

Reconnaissons que le blâme ne repose pas dans son entièreté à la pollution chimique, et que le taux de prévalence des cancers peut-être aussi lié à l'obésité et à la sédentarité, deux facteurs de risque qui sont en augmentation. Tout comme l’héritage génétique peut entrer en ligne de compte ainsi que la consommation fréquente ou en quantité importante de substances nocives que sont le tabac, l’alcool et même le sucre. Et pour ce qui est du stress, le stress chronique favoriserait les comportements à risque (tabagisme, alcoolisme, etc.) et la production de cortisol liée au stress intense et prolongé affaiblirait le système immunitaire favorisant le développement du cancer et des métastases.

Je me concentre ici plus sur la contamination d’origine chimique, car le sujet est plus en lien avec l’environnement, thème central de ce blogue. Je me suis aussi penché plus sur les cancers de par le contenu des études récentes que j’ai consultées, mais il est certain que bien d’autres maladies résultent de l’exposition à ce cocktail chimique, telles que les maladies cardiovasculaires et respiratoires ainsi que les troubles neurologiques.

Certes, le cancer n’est pas nouveau, il existait bien avant l’ère industrielle, mais il a pris une place bien trop importante au point de toucher entre 15 et 40% de la population selon les pays. Il est vrai que la « science » a permis de réduire le taux de mortalité pour plusieurs variantes avec, entre autres, la détection précoce et des traitements virulents, mais les taux de prévalence et d’incidence continuent de progresser et cette progression chez les plus jeunes se révèle fort préoccupante.

La confiance aveugle des individus et parfois même des gouvernements, lorsqu’ils ne sont pas complices, envers les promesses des scientifiques et des industries, a engendré une adoption rapide et massive de produits de consommation dont les bénéfices font ombrage aux risques encourus. Beau, bon, pas cher est une formule qui, de nos jours, malheureusement cache bien des risques et fléaux, d’un point de vue environnemental, sociétal et sur notre santé.  Les ingrédients d’un produit alimentaire dont on ne connaît pas la signification sont fort probablement peu recommandables, le vêtement en fibres non naturelles aux vertus multiples peut soulever des questions. 

Il est intéressant de voir que si l’on fait une recherche sur Google des mots clés « chimie et santé » le résultat sera : « La chimie est essentielle à la santé, car elle permet de comprendre les maladies, de développer des médicaments et des outils de diagnostic. Elle est utilisée dans la recherche pharmaceutique, l'étude des molécules du corps humain (comme les hormones et les protéines), et la création de nouvelles molécules synthétiques pour traiter des affections telles que le diabète ou le cancer. »  Certes on ne peut pas nier que l’industrie chimique inclue les laboratoires pharmaceutiques qui cherchent à développer des remèdes à nos grands maux…mais n’oublions pas que le secteur de la chimie crée aussi des molécules qui finissent par nous contaminer et nous rendre malades.  Et certaines de ces entreprises jouent même sur les deux fronts. 

Certaines personnes diront qu’ils manquent encore des preuves, ou que d’autres facteurs seraient possiblement prépondérants comme la génétique, la sédentarité, et autres comportements et prédispositions…mais combien d’études et contre-études faudra-t-il encore pour que l’on reconnaisse le danger et que l’on agisse sérieusement afin de bannir toute substance qui est reconnue comme nocive ou potentiellement dangereuse, et empêcher de commercialiser d’autres pour lesquelles aucune étude sérieuse et indépendante n’a été menée pour vérifier son innocuité. …Et pour les férus de l’économie, prévenir est bien moins couteux que guérir, il suffit de voir exploser les budgets de la santé. On ne peut pas continuer à se laisser empoisonner par l’attrait du gain d’individus quelque peu scrupuleux qui se cachent derrière la bannière de la science et du progrès.

Les solutions pour remédier à ce fléau sont entre les mains de l’humain, son créateur. Plus d’information et d’éducation pour comprendre et prévenir les risques sont nécessaires. Nous devons exiger de nos gouvernements des lois qui nous protègent mieux, avec plus de rigueur pour interdire les produits nocifs, ne serait-ce même en petite quantité, car il y a trop d’inconnue sur l’effet du cocktail de toutes ces petites quantités. Et dans notre quotidien, que faire…

Plusieurs recherches, dont celles de l’American Cancer Society, estiment que jusqu'à 40 % des cancers pourraient être évités grâce à des changements de comportement, comme adopter une alimentation saine, rester actif et maintenir un poids corporel sain. Il est aussi recommandé d’éviter de fumer, limiter sa consommation d'alcool et se faire dépister, prenant en compte que le dépistage ne concerne pas seulement l’âge, qui n'est qu'un élément parmi d'autres, mais aussi les antécédents familiaux, le passé médical personnel, les risques d'exposition et les prédispositions génétiques.
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Il nous revient à titre individuel de mieux consommer et de refuser les produits « toxiques » pour notre corps et la planète. Manger biologique, éviter les aliments ultras transformés, utiliser des matières nobles et non synthétiques pour nos vêtements et nos milieux de vie, préserver nos cours d’eau et nappes phréatiques de la pollution, minimiser l’utilisation du plastique…sont autant de pratiques qui nous aideront à rester en santé et à maintenir l’environnement dans son état naturel.
​On se doit de consommer de façon responsable pour nous, les autres et la planète. 
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Vous trouverez quelques liens pour creuser plus sur le sujet, sur ma page « liens utiles »
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Tout récemment je participais à un atelier La Fresque du Climat celui-ci consiste en un exercice collectif de 3 heures, durant lesquelles les personnes participantes reconstituent les liens de cause à effet des changements climatiques, et explorent ensuite les actions à entreprendre dans le cadre personnel et professionnel. À la fin de l’atelier, l’animatrice fait un tour de table et demande à chaque personne d’exprimer ce qu’elle ressent, et force est de constater que la majorité était soit triste, pessimiste ou en colère. Était-ce un groupe particulier ou au contraire représentatif du reste de la société, quoiqu’il en soit, pour ma part, j’ai reconnu ma déception face au comportement humain lorsque l’on constate où nous en sommes rendus en termes de désastres écologiques et de souffrances humaines, à l’échelle de la planète, alors que les conséquences de nos choix étaient connues et prévisibles. La dernière participante à s’exprimer a mentionné qu’elle se sentait préoccupée, voire angoissée par l’avenir, ce à quoi j’ai ajouté qu’en fin de compte cet exercice pouvait accentuer ce que l’on appelle aujourd’hui l’éco-anxiété. Mais qu’entendons-nous par le terme éco-anxiété… 
 
Dans un guide consacré à la santé mentale face au changement climatique et publié en 2017 par l'association américaine de psychiatrie, on y propose de définir l’éco-anxiété comme la peur chronique du désastre environnemental. Quant au dictionnaire le Robert, on peut y lire que l’éco-anxiété se définit comme une anxiété provoquée par les menaces environnementales qui pèsent sur notre planète.
 
L'éco-anxiété est un mal-être généré par ce que l'on imagine de l'avenir et des catastrophes écologiques, que la psychothérapeute Charline Schmerber définit comme une détresse anticipatoire. Ce terme nous dit-elle fait écho à un autre néologisme, la solastalgie, concept créé en 2003 par le philosophe et ancien professeur de développement durable, Glenn Albrecht. La solastalgie est pensée en miroir de la nostalgie, qui définit la tristesse d’avoir quitté son pays, et correspond à une autre forme de souffrance, soit celle de voir la destruction des écosystèmes et la disparition de la biodiversité de son pays sans l’avoir quitté. Le terme renvoie donc à des émotions ressenties face à des bouleversements écologiques passés et présents, là où l'écoanxiété serait intrinsèquement une anticipation de désastres futurs.
 
Pour Irene Baños Ruiz, journaliste et autrice, l'éco-anxiété correspond à un ensemble d’émotions reliées par la prise de conscience sur la crise climatique et environnementale et qui inclue : Peur, stress, anxiété, tristesse due à la gravité de la situation; colère ou rage par la dissonance entre la gravité et l’action; frustration de ne pas disposer des outils pour réduire les impacts; culpabilité pour contribuer, ne serait-ce que minimalement, à empirer la situation. Ainsi, l'écoanxiété peut se nourrir de la dissonance cognitive entre nos modes de vie et la conscience des conséquences écologiques, venant heurter nos désirs et nos valeurs. Plusieurs font aussi le constat que la perte de sens semble être une caractéristique récurrente chez les éco-anxieux. 
 
Et ce mal-être est loin d’être isolé. En effet, dans une publication du journal The Lancet en 2021 on y apprend que les résultats d’un sondage auprès de 10 000 jeunes de 16 à 25 ans issus de 10 pays très divers (France, Brésil, Nigeria, Inde, États-Unis…) révèlent que 59 % d'entre eux sont « très » ou « extrêmement » préoccupés par le changement climatique. On peut aussi lire que 75 % des jeunes interrogés pensent que l'avenir est effrayant et 83 % pensent que les hommes n'ont pas su prendre soin de la planète.
 
Mal-être certes, mais il ne faut pas tomber dans le piège de la pathologisation de ce mal. « En sciences sociales, on sait pertinemment que pathologiser un comportement, c'est-à-dire le considérer comme une maladie, revient à individualiser le problème. Autrement dit, à limiter la cause du problème aux seuls individus, et ainsi à cantonner la gestion de ce problème à la seule médecine plutôt que d'obliger la société tout entière à une sorte d'examen de conscience » comme nous le rappel la pédopsychiatre et sociologue Laelia Benoit. Elle précise dans une entrevue accordée au journal Le Monde que « L’écoanxiété est une réaction naturelle et légitime à la crise écologique. Il ne s’agit pas d’une maladie. Ce n’est pas une nouvelle forme de dépression, et elle n’appelle pas un traitement médical : l’écoanxiété appelle une réponse sociale. »
  
Alors si vous ou vos proches faites partie des personnes affectées par l’écoanxiété, que faire pour alléger cette souffrance, et transformer ce mal-être en une énergie positive.
 
Si la religion a longtemps donné des réponses toutes prêtes à toute sorte de maux, et depuis le milieu du siècle dernier, la société de consommation nous a appris à contourner ces angoisses par la distraction, en nous déconnectant de nos ressentis profonds, de tout ce qui nous est viscéral, Laelia Benoit constate que pour beaucoup de personnes, le changement climatique est un rappel que ces illusions sont vaines. « Nous ne sommes pas vraiment équipés pour accepter et digérer ces angoisses existentielles. »
 
"L'éco-anxiété, comme d'autres formes d'anxiété, peut avoir des effets à la fois positifs et négatifs. D'une part, elle peut nous motiver à agir et à apporter des changements dans notre vie pour résoudre les problèmes environnementaux. D'autre part, elle peut conduire à des sentiments de désespoir, ce qui peut être contre-productif. Il est essentiel de trouver un équilibre entre ces deux extrêmes" nous dit la Dr Renée Lertzman, psychologue de l'environnement.
 
Pour les éco-anxieux, il va donc falloir apprendre à jongler entre deux injonctions contradictoires : agir, à son échelle, pour faire taire la dissonance cognitive, mais apprendre à lâcher prise pour éviter l'hubris d'impuissance, nous confie Charline Schmerber.
 
Si l’éco-anxiété fait partie du processus de prise de conscience, l’important, c'est de la transformer en action collective pour s'attaquer au changement climatique ! "L'éco-anxiété est le signe que nous commençons à reconnaître la gravité de la crise environnementale à laquelle nous sommes confrontés. C'est un appel à l'action, qui nous incite à assumer la responsabilité de nos actes et à œuvrer pour un avenir plus durable".  Citation de Sylvia Earle, biologiste marine et océanographe sur le site d'Anxiété Canada.
 
Saint-Exupéry écrivait « l'action délivre de la mort ». Pour retrouver une boussole existentielle, nous élaborons donc un schéma qui s'articule autour du triangle « sens, engagement, satisfaction ». Dans son ouvrage sur le bonheur, Frédéric Lenoir explique que nous choisissons de satisfaire tel plaisir ou de renoncer à tel autre par ce que nous donnons un sens à notre vie – et ce, aux deux acceptations du terme : nous lui donnons à la fois une direction et une signification. Le philosophe, sociologue et auteur, rappelle aussi que la recherche du bonheur individuel va de pair avec une participation active dans la communauté et au souci du bien commun.
 
Irene Bano Ruiz quant à elle nous invite à réduire les impacts et nous adapter en mettant l’emphase sur des actions ayant le plus grand impact (eg. Si le recyclage est utile pour l’environnement, il ne contribue peu ou pas aux enjeux climatiques); en faisant appel au pouvoir collectif et non tant à la perfection individuelle; à transformer le sacrifice en bien-être (lâcher son auto et passer au vélo) et en imaginant et initiant des futures possibles.
 
Une fois l’acceptation inconditionnelle de la réalité, elle suggère de passer de la perfection individuelle à l'imperfection collective. Il nous faut utiliser notre pouvoir en tant que consommateur pour améliorer les pratiques des industries; en tant qu’électeur pour que les politiques et les lois se soucient du bien commun et nous redonnent droit à un environnement propre, sain et durable (voir la déclaration des Nations Unies). C’est aussi une invitation à se joindre aux mouvements collectifs, allant de l’économie de partage, à l’agriculture locale, aux coopératives, et autres initiatives qui visent à changer nos modes de vie, afin de réduire la pollution, le stress, le gaspillage, les injustices de tout acabit.
 
Certains, comme le philosophe et économiste Frédéric Lordon, n’hésitent pas à encourager de passer de l’état d’écoanxiété à celui d’éco-furieux.  Des études en psychologie démontrent que l'expérience de l'éco-colère indique une meilleure santé mentale et un engagement plus fort dans l'activisme proclimat. De la colère peut surgir la volonté de changer les choses de manière radicale, soit s’attaquer à la racine des problèmes.  On constate ainsi une amplification du recours à l’éco-sabotage que plusieurs expliquent par le fait que l'éco-anxiété de la « génération climat » aurait évolué, face à l'inertie de l'État, en éco-fureur. 
 
En résumé, je ne dirais pas que ce mal-être que représente l’éco-anxiété est un mal nécessaire, mais une petite dose pourrait faire du bien à tous et en particulier à la grande majorité qui habitent l’hémisphère nord pour nous sortir de toute forme de complaisance nous faisant croire que l’on peut passer au travers de la triple crise planétaire (crise climatique, pollution et perte de biodiversité) sans trop de souffrance et sans effort individuel et collectif. Ce ne sont pas les personnes éco-anxieuses qu'il faut soigner, mais le changement climatique qu'il faut arrêter et mettre un frein à ce modèle de consommation à outrance, encourageant l’accumulation et le gaspillage, et totalement indifférent des conséquences dévastatrices à l’autre bout de la planète. D'autres affects plus forts doivent prendre le dessus pour « briser le cours ordinaire des choses » comme l’explique Frédéric Lordon dans son ouvrage La Société des affects.
 
Pour terminer, je reviendrais sur l’expérience de la fresque du climat, avec l’animatrice demandant au groupe de mettre un nom à notre fresque. Après consensus nous avons choisi : « C’est pas fini !? » Cette formulation fut mienne et que j’explique par le fait que le comportement destructif de l’humain est loin d’arriver à terme, que les conséquences néfastes sur nos vies et la planète vont continuer à se faire ressentir encore pour longtemps et ce, fort probablement, d’une manière plus intense, mais aussi et surtout, qu’il reste toujours espoir d’améliorer les choses, de renverser la tendance et de rendre la vie sur notre planète plus agréable, juste et soutenable. Il n’en tient qu’à nous, individuellement et collectivement.


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Si les plastiques font l’actualité ces jours-ci et que le jour mondial de l’environnement (5 juin) a choisi ce sujet comme thème central ce n’est bien sûr pas un hasard…le plastic est devenu une source majeure de pollution qu’il devient de plus en plus difficile à contenir.

Je ne tenterai pas de tout couvrir sur le sujet du plastique dans cet article, celui-ci étant trop vaste et que bien d’autres sources d’information, que je vous propose tout au long de ce texte, vous seront plus utiles pour mieux comprendre les enjeux liés aux plastiques. J’avais d’ailleurs abordé la question du recyclage dans mon précédent article.

Je disais donc « difficile à contenir », car le sujet est complexe. Il n’existe pas un plastique, mais des plastiques, requérant ainsi non pas un, mais plusieurs procédés de fabrication certes, mais aussi de recyclage ou de valorisation. Le plastique est partout : emballages, fibres de vêtements, matériel de construction, biens de consommation, etc. La complexité réside aussi dans le fait que l’on retrouve des résidus de plastique aux quatre coins du globe depuis nos rivières et océans jusqu’au sommet de nos montagnes les plus hautes. De plus, ces résidus sont de toute taille, entre les macroplastiques, difficile de ne pas les remarquer, les microplastiques (comme les microbilles) qui exigent un bon œil pour les repérer ou encore, les nanoplastiques, invisibles à l’œil nu et fort volatiles. Autre élément de complexité est notre relation avec les plastiques ou devrais-je dire notre dépendance croissante.

Pour celles est ceux qui aiment les stats, rappelons que sur plus de 400 millions de tonnes de plastique produites dans le monde chaque année (contre 2 millions en 1950), approx. 40% sont utilisées par le secteur de l'emballage, et principalement pour fabriquer des emballages à usage unique. Depuis 2015, près de 6 milliards de tonnes de déchets plastiques ont été produites. Environ 9 % ont été recyclés (15% collectés), 17 % ont été incinérés et 74 % ont été accumulés dans des décharges ou dans la nature. Vous avez certainement entendu parler des « continents » ou « soupes » de plastique qui se forment avec les gyres océaniques…un triste exemple de la mauvaise gestion de nos déchets.

« Les plastiques ont été conçus à l’origine pour être utilisés comme des matériaux résistants et de leur longue durée. Paradoxalement, ils sont aujourd’hui de plus en plus utilisés pour des usages uniques de courte durée… Il en résulte que 81 % des plastiques mis en circulation deviennent des déchets au bout d’une année ». Extrait du rapport présenté au Sénat, en France, en 2020 et intitulé « Pollution plastique : une bombe à retardement ». Une terminologie reprise par le président français lors de l’ouverture des négociations internationales, qui se sont tenues à Paris tout récemment, pour un traité mondial pour mettre fin à la pollution du plastique : « La pollution plastique, c'est donc une bombe à retardement en même temps qu'un fléau déjà présent ».

Concernant notre relation avec les plastiques, je vous invite à regarder un documentaire très révélateur qui s’intitule « Cher plastique, une histoire d’amour toxique » et qui montre comment nous sommes passés d’une solution quasi miraculeuse à un enjeu créant toutes sortes de maux.   Ce documentaire puise d’ailleurs une partie de son contenu dans le rapport présenté au Sénat et offre un entretien avec une de ses autrices.

Un élément plus sournois de toute cette problématique est lié aux additifs utilisés dans la fabrication des plastiques. En effet, un plastique est constitué d’un ou plusieurs polymères auxquels sont ajoutés des plastifiants et des additifs (colorants, antioxydants, retardateurs de flamme, etc.). Ces additifs peuvent être libérés selon les différents usages du plastique. Ainsi, par le biais des substances chimiques qu’ils contiennent, les déchets plastiques peuvent être source de contaminants de type perturbateur endocrinien ou polluants organiques persistants. Avaler ou respirer de tels composés chimiques engendre des effets toxicologiques variables sur la physiologie, le métabolisme, le comportement et la reproduction. On retrouve des micro/nanoplastiques dans les poumons, le foie, le sang, la rate et les reins d'êtres humains et des produits chimiques comme le bisphénol A, les phtalates et les polychlorobiphényles (PCB), peuvent aussi s’immiscer dans le corps…Je préfère arrêter là ce portrait désolant voir effrayant et vous inviterez à consulter les liens dans ma page de « liens utiles » si vous voulez en savoir plus.

Il est aussi important de rappeler que le plastique ne se manifeste pas seulement sous forme d’emballage, bouteille, sac et objets de toute sorte, mais aussi en vêtements. 60 % des matières transformées en vêtements sont composées de plastique, notamment de polyester, d’acrylique et de nylon. L’usure de ces vêtements, par leur utilisation ou le lavage, libère de grandes quantités de fibres synthétiques qui polluent l’eau et l’air et éventuellement les êtres vivants. Selon une étude de l'organisation Ocean Wise, un foyer moyen aux États-Unis et au Canada émet 533 millions de microfibres par an. Si certains filtres de machine à laver ou sécheuse et les systèmes de traitement des eaux arrivent à en filtrer une grande partie, il n’en reste pas moins que l’on estime à plus de 800 T de microfibres qui termine dans les cours d’eau et océans.

Je reprendrai pour conclure ce portrait un extrait du rapport cité plus haut : « Les plastiques ont été conçus à l’origine pour être utilisés comme des matériaux résistants et de leur longue durée. Paradoxalement, ils sont aujourd’hui de plus en plus utilisés pour des usages uniques de courte durée. »

Ce qui m’amène au sujet des solutions. Réduire notre production de plastique est la démarche la plus ambitieuse, mais aussi celle qui a le plus de sens. L’Europe et le Canada abondent dans ce sens, alors que d’autres pays (EU, Chine, etc.) souhaitent mettre l’emphase plus sur le recyclage et la meilleure gestion des déchets. Il va sans dire que tant que nous aurons du plastique il nous faudra apprendre à mieux le gérer et particulièrement en fin de vie. Mais force est de constater que malgré les bonnes intentions et les efforts investis, nous n’arriverons pas à contenir tout le flot de plastique qui circule et que réduire la production reste un incontournable. Rappelons que la production est en croissance exponentielle présentement. Cela voudra dire trouver des alternatives, mais aussi, et surtout, à titre d’individu, de collectivité et d’entreprises, consommer et gaspiller moins. Il faut aussi bannir les substances toxiques qui le composent, ce qui requiert transparence de la part des fabricants et innovation pour remplacer ces substances, et des lois plus contraignantes à cet effet.

Nous voyons de plus en plus d’initiatives de par le monde pour bannir les sacs en plastique et les plastiques à usage unique, c’est un début, mais il faut pousser plus loin et en parallèle amplifier les initiatives de nettoyages pour libérer nos cours d’eau, nos océans et nos milieux naturels en général de cet envahisseur non désiré.

Je terminerai par citer quelques conseils rapides à l’échelle de nos foyers : Acheter le plus possible en vrac nos aliments et nos produits ménagers fait partie de la solution. Quant aux vêtements, les laver moins souvent, préférablement à l’eau froide ou tiède et avec du détergent liquide et sans utiliser de sèche-linge. Utiliser des contenants réutilisables et durables. Et naturellement, consommer moins et mieux.

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Il n’y a encore pas si longtemps, recycler démontrait, dans une certaine mesure, notre engagement à préserver l’environnement. Sans tomber dans l’écologisme, le fait de recycler nous laissait le sentiment de faire notre part pour améliorer le sort de notre planète, ou plus précisément, de limiter l’utilisation de sites d’enfouissement et de réutiliser certains matériaux pour réduire l’extraction de nouvelles ressources.

Vous recyclez, bravo ! Vous compostez aussi, encore mieux. Vous réduisez votre consommation, idéal !

Si réduire sa consommation de biens, d’énergie fossile, de produits carnés… fait partie de la solution pour limiter les émissions de GES et ainsi réduire l’augmentation des températures, la réponse n’est pas aussi évidente lorsque l’on parle du recyclage.

Mais d’abord commençons par un petit rappel sur ce que l’on entend par la crise climatique, l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets (mitigation)… ll n’y a plus de doute (malgré ce que pensent quelques climatosceptiques résiduels) que l’activité anthropique , soit l’activité humaine, générant des émissions de GES (gaz à effet de serre) dans l’atmosphère, a engendré un phénomène de réchauffement climatique qui s’accélère et qui se traduit par des effets dévastateurs sur la planète. Le réchauffement s’explique par le fait que l’on observe une augmentation de la concentration atmosphérique de certains gaz (dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4), protoxyde d’azote (N2O) (gaz hilarant)) provenant à la fois de processus naturels et d'activités anthropiques qui piègent et accumulent la chaleur (effet de serre). Certains de ces gaz, comme le CO2, peuvent y perdurer plus de 100ans. On observe que l’effet de serre s’est ainsi amplifié suite à la révolution industrielle pour atteindre une croissance exponentielle depuis le milieu du 20e siècle.  

Les conséquences de ce réchauffement climatique se traduisent par des intempéries plus fréquentes et plus violentes, par la fonte des calottes glaciaires et la montée des eaux (niveau de la mer), la disparition des récifs coralliens, des inondations majeures et sécheresses intenses, des incendies à répétition et sur de plus en plus grandes superficies, etc. Tout cela entrainant des pertes de vies, sous toutes ses formes, des déplacements de millions de « réfugiés climatiques » (24 millions en 2021 et, pour 2050, un estimé de plus de 200 millions selon les Nations Unies) ou encore une famine croissante suite à des récoltes dévastées par la sécheresse, les inondations et les infestations.
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Selon les NU, et en lien avec les Accords de Paris, le dernier rapport de l’IPCC (AR6) fait ressortir que pour limiter l’augmentation des températures à 1,5oC, et ainsi éviter que les désastres cités plus haut ne prennent encore plus d’ampleur, nous devons réduire les émissions mondiales de GES de 45% (par rapport à celles de 2019) d’ici 2030 et viser le net-zéro d’ici 2050.   Le dernier constat est que selon les ambitions des pays ayant définit leur NDC (Contributions déterminées au niveau national) nous nous dirigeons plutôt vers une augmentation des émissions mondiales de plus de 10% d’ici 2030 se traduisant ainsi par une hausse moyenne des températures de 2,5oC. Si, à l’issue de la dernière COP27 les ambitions des gouvernements de rester sous la barre des 1,5oC restent présentes, les moyens mis en œuvre pour y parvenir font défaut, laissant présager un dépassement et donc une intensification des répercussions des changements climatiques.

Comme expliqué par l’UNEP, la pollution et les déchets font partie de la triple crise planétaire qui comprend la perte de la nature et de la biodiversité, ainsi que le changement climatique, tous induits par une consommation et une production non soutenables. Alors, revenons au sujet central, à savoir le recyclage de nos matières résiduelles.  Recycler fait partie de l’équation 3RV (réduction à la source, réemploi, recyclage et valorisation) servant à prioriser nos actions pour gérer nos matières résiduelles. Recycler est nécessaire pour réduire l’accumulation de déchets ultimes dans nos déchetteries/sites d’enfouissement, ou encore au milieu de la nature, des boisés, cours d’eau et océans. En recyclant, vous offrez une seconde vie aux matériaux qui composent le produit dont vous n’avez pas ou plus besoin, que ce soit un emballage ou un appareil électronique ainsi que bien d’autres produits et sous-produits de tous les jours. En effet, la réutilisation de la matière première ou des composantes permet ainsi de ne pas devoir extraire à nouveau du sol les intrants qui ont permis de les produire. Cette approche fait partie des différentes avenues constituant l’économie circulaire en opposition à l’économie linéaire, qui part de l’extraction des matières et produit en fin de parcours des déchets ultimes.

Le recyclage concerne le plastique, le métal, le papier, le carton, le verre et aussi les tissus, les composantes électroniques, les pneus ou encore les matériaux de construction et de rénovation. Les matières organiques putrescibles peuvent être pour leur part compostées, un processus qui évite les émissions de GES dans les sites d’enfouissement ou déchetteries, sachant que rares sont les sites qui sont en mesure de récupérer le méthane (CH4- qui a un potentiel de réchauffement global 25 fois plus élevé que le CO2).  

Je mettrais l’accent sur deux éléments clés du processus de recyclage, à savoir le transport et les processus industriels. En ce qui concerne le transport, à moins d’être ingénieux ou bricoleurs, nous ne sommes pas en mesure de recycler nous-mêmes nos matières résiduelles. Il faut donc qu’un véhicule vienne à notre porte ou que nous nous rendions à un écocentre ou centre de tri, pour que commence le cycle du recyclage. Une fois le tri des matières effectué, celles-ci sont expédiées vers les différents sites industriels qui transformeront la matière de sorte qu’elle puisse à nouveau entrer dans la fabrication de nouveaux produits.  Malheureusement, il y a parfois, et même souvent, des intermédiaires (sites et acteurs) à chacune des étapes selon la nature de la matière ciblée. Et parfois certains voyages peuvent s’avérer très longs, comme bon nombre d’articles l’ont révélé en faisant référence aux matières dites « recyclables » expédiées en Asie ou ailleurs dans le monde.  Vous comprendrez que cette manutention, et le transport par camion, train ou bateau sont sources de GES, et donc contribuent amplement au problème du réchauffement climatique. 

En ce qui concerne la transformation industrielle, cela devient plus complexe et, selon le type de matière, le procédé et la source d’énergie, le bilan est plus ou moins positif.  En effet, si les procédés de recyclage de l’aluminium et de la majorité des plastiques sont bien connus et de plus en plus adoptés, il s’avère que certains processus peuvent causer plus d’émissions de GES que la fabrication à partir de matières vierges. Dans le cas de l’aluminium le bilan est gagnant avec des réductions des émissions de GES pouvant atteindre plus de 90% (selon la source d’énergie) en comparaison au processus très énergivore de partir de la matière première, soit la bauxite.  Dans le cas du papier ou des plastiques, les émissions de GES reliées au processus de recyclage peuvent s’avérer plus élevées que pour fabriquer à partir de la matière vierge… À l'instar de l'aluminium, pour le cuivre et le verre, qui peuvent être recyclés indéfiniment, la production sur base de recyclage requiert beaucoup moins d'énergie que celle nécessaire à la production avec des intrants nouveaux issus de l'extraction. Naturellement ces bilans fluctuent selon la source d’énergie (renouvelable vs. fossile), mais dans un monde où l’énergie fossile (pétrole, charbon, gaz) est encore reine, le bilan global en pâtit.

Soulignons aussi que certains produits comme le plastique ne peuvent se recycler indéfiniment, et qu’à chaque étape de recyclage sa qualité se dégrade. En moyenne une bouteille en PET (Plastique No1) peut être recyclée que 2 à 3 fois.

Si encore trop peu de matières recyclables sont actuellement collectées et recyclées (ex. 15% des déchets en plastic sont collectés et seulement 9% recyclés dans le monde), on constate encore plus tristement qu’elles finissent parfois traitées comme déchet ultime, pour cause de contamination ou faute de débouchés, voir tout simplement brûlées, car devenues encombrantes et qualifiées sans valeurs économiques.  Il va sans dire que la facture environnementale de brûler des matières résiduelles est énorme, de par les émanations dans l’atmosphère qui viennent s’ajouter à celles reliées à la manutention et au transport. Heureusement que de tels scénarios sont plus l’exception que la norme.

Recycler localement versus à l’autre bout de la planète est définitivement le meilleur scénario, réduisant ainsi significativement les impacts reliés au transport et transbordements, et si l’énergie produite localement est renouvelable, il est fort probable que le processus de recyclage sera bénéfique pour le climat vs utiliser des matières vierges pour fabriquer du nouveau. Aussi les lois dans certains pays de destination de nos matières recyclables ne sont pas aussi strictes que celles de nos propres pays (Canada et France) ce qui peut faciliter des dérives telles que brûler les matières ou tout simplement les jeter comme déchets ultimes.

Les changements de comportement doivent émaner de tous, et ne pas attendre que soient votées des lois contraignantes…il est toujours plus agréable d’agir que de subir, ceci dit, on voit mal comment arriver à des changements de comportement drastiques et nécessaires sans avoir recours tant à la carotte qu’au bâton. Que ce soit les gouvernements, les autorités municipales, les institutions, les entreprises et organisations de tout acabit… que ce soit chacune et chacun d’entre nous, il est important et nécessaire que ce combat soit mené sur tous les fronts si l’on souhaite que la vie sur terre ne devienne par en enfer pour tou.te.s, incluant pour les générations futures.

À titre d’individu, il nous faut…
  • Réduire notre consommation à ce qui est essentiel
  • Limiter nos déplacements à forte empreinte écologique (avion, voiture solo, etc.) et si le déplacement est indispensable, alors privilégier le transport public
  • Baisser la température de nos foyers
  • Éviter le gaspillage (nourriture, électricité, eau, vêtements, etc.)
  • Arrêter de se faire livrer à la maison tout et n’importe quoi
  • Encourager l’économie de partage
  • Penser à faire réparer avant de remplacer
  • Orienter nos placements financiers vers une économie plus sobre en carbone
  • Repenser les processus opérationnels au travail (transport, pollution, énergie, intrants, déchets…) en favorisant la sobriété en carbone et l’économie circulaire
  • Appuyer toute initiative visant à développer ou renforcer les filières de recyclage locales
  • Voter pour des politiciens qui prennent au sérieux les enjeux environnementaux et sociétaux et qui démontrent une volonté et une capacité à agir

In fine, il va sans dire que le recyclage est incontournable, mais qu’il ne faut pas se péter les bretelles si vous recyclez, car pour adresser sérieusement les enjeux liés à la crise climatique, il vous faudra prendre des mesures autres, et rapidement, pour limiter vos émissions de GES. La modération (réduction) de notre consommation a bien meilleur goût. 

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Sujet délicat alors que l’inflation frappe aux quatre coins du globe, il me semble cependant incontournable dans la liste des solutions pour améliorer le sort de notre planète et les conditions de vie de millions d’individus.

Avec la notion du prix juste, on pourrait penser que je fais référence au jeu télévisé Le Juste Prix (a.k.a. The Price is Right) qui demande aux participants de deviner le prix marchand d’un produit afin d’empocher de l’argent, mais c’est en fait une notion bien différente de la valeur des biens et des services que je cherche à aborder par le biais de ces quelques lignes.

Le prix juste d’une marchandise ou d’un service correspondrait à une valeur monétaire prenant en compte non seulement la dimension économique, mais aussi les coûts environnementaux et sociaux. Mais pourquoi un tel exercice, me diriez-vous…Ce à quoi je répondrai que depuis quelque temps nous commençons enfin à prendre conscience que les choix que nous faisons et les gestes que nous posons ont une incidence bien au-delà de notre sphère du quotidien générant des externalités négatives qui touchent aux biens communs et affectent le bien être des humains et du monde non-humain (la Nature, incluant l’air, l’eau et la biodiversité).

Il existe actuellement plusieurs types de stratégies pour établir le prix d’une marchandise, qui se basent sur les coûts (production, distribution…), mais aussi sur le profit attendu, la tarification établie par les compétiteurs ou encore la valeur perçue par les acheteurs potentiels. Quelle que soit la stratégie retenue, force est de constater qu’aujourd’hui aucune marchandise n’affiche un prix qui prenne pleinement en compte les coûts environnementaux du produit et encore moins sociaux, si ce ne sont les produits biologiques issus du commerce équitable qui se rapprochent de ce modèle que l’on qualifierait de plus juste.

L’argument premier mis de l’avant pour augmenter les prix, est que le coût des intrants (matières premières, énergie, main d’œuvre, etc.) augmente, ce qui est probablement vrai dans bien des cas, mais reste à voir si ces augmentations sont proportionnelles. Il en ressort que les industriels et les distributeurs s’assurent bien de faire passer la facture au consommateur en vue de maintenir leurs marges de profits, si ce n’est de les augmenter, comme c’est le cas sur certains produits bios (voir mon article Bio, oui mais pas à n’importe quel prix!). Selon un rapport d’Oxfam publié cette année, Quand la souffrance rapporte gros, l’industrie agroalimentaire engendre des profits grandissants, que ce soit en période de pandémie, de sécheresse ou de conflits armés.   

Vous comprendrez que dans un cas comme dans l’autre, la montée de prix est inévitable, mais dans le deuxième scénario ce sont des familles et des communautés qui pourraient vivre dans de meilleures conditions et non une poignée de gens d’affaires et d’investisseurs. Votre désir est-il de continuer à engraisser ces capitaines de l’industrie et leurs actionnaires ou de rendre le monde plus juste et assurer un revenu digne et des conditions de travail sécuritaires aux acteurs de premières lignes, que sont les femmes et les hommes, et encore trop souvent des enfants ?

Comme j’en parlais dans mes deux précédentes publications, la santé environnementale et la santé humaine sont intrinsèquement liées. Les phénomènes intenses liés aux changements climatiques deviennent la norme et les dommages créés par l’activité humaine ne font qu’accentuer cela. L’environnement, soit le milieu naturel composé de l’air, l’eau, la terre et la biodiversité pâtissent des activités anthropocentriques qui, de façon indifférente, engendrent des dommages parfois irréversibles, comme la disparition de milieux humides ou de certaines espèces de la faune et de la flore.

S’ajoute donc à l’équation de l’établissement du prix juste, la notion environnementale. Celle-ci reconnait que chaque activité, extraction-production- distribution-consommation et, en fin de vie, élimination ou recyclage, génère un impact environnemental. L’analyse du cycle de vie d’un produit ou service permet, ainsi, de mieux comprendre quel est le vrai coût environnemental.

Il faut reconnaitre que mesurer l’ampleur des impacts sociaux et environnementaux depuis la conception jusqu’à la fin de vie du produit en passant par l’extraction, la transformation, l’emballage, le transport, l’entreposage, la distribution, l’utilisation; puis le recyclage, la valorisation ou l’élimination n’est pas tâche facile.  Pour cela il faut comprendre et analyser le cycle de vie du produit afin d’identifier chacun des processus et d’en mesurer l’impact. Reste ensuite à mettre une valeur monétaire à chaque élément mesuré pour établir le prix qui reflèterait le mieux possible les vrais coûts reliés à ce produit. Cela représente un autre défi, car il faut s’entendre sur des protocoles et, dans un monde où la globalisation du commerce règne, cela implique des protocoles reconnus et acceptés internationalement. Un défi, certes, mais qui ne dépend que de la volonté des uns et des autres pour être surmonté.
Si le calcul des émissions de GES pour un vol aérien est devenu aujourd’hui pratique courante, nous voyons aussi apparaitre de plus en plus d’outils, développés parfois avec l’appui d’institutions reconnues comme le CIRAIG au Québec, qui tentent de quantifier le plus justement possible l’empreinte écologique des biens et des services que nous achetons.

Il nous revient aussi d’accorder un peu de jugement et de bon sens dans nos choix. Lorsque le prix d’un t-shirt fabriqué en Asie est aussi bas que 5$ sur les tablettes d’un commerçant européen ou nord-américain, on peut douter du respect des normes de santé et sécurité à la hauteur des risques encourus. Assurer des conditions de travail sécuritaires, sans exposition à des risques de blessures ou d’intoxication, et que tout produit dangereux n’ait été utilisé sans risque de contaminer les travailleurs agricoles ou industriels, leurs familles, les communautés avoisinantes et les milieux naturels, représente un coût que bien des individus sans scrupules tentent d’éviter. Ceci dit, il faut reconnaitre que malheureusement le t-shirt à 20 $ ne garantit pas pour autant de meilleures pratiques. Les marges ou coûts marketing des grandes marques, ou le manque d’éthique de certaines entreprises font gonfler les prix sans garantir le bien-être des individus et de notre environnement. Consommer c’est aussi faire preuve de vigilance et ne pas jouer à l’autruche en faisant des choix éclairés. Rappelons d’ailleurs, que le travail des enfants a souvent été pointé du doigt et reste encore fort présent dans bien des pays, et qu’il aurait même augmenté durant la pandémie selon un rapport de l’OIT-UNICEF.

La dignité et les droits fondamentaux des individus ne peuvent être balayés juste pour enrichir quelques individus et permettre à d’autres de consommer à outrance. L’approche néocolonialiste, qui exploite des communautés dans des pays lointains, sans égard au bien-être social et environnemental, n’est pas tolérable, ni pour la planète ni pour la société humaine. Il revient à tou.te.s et à chacun.e de ne pas encourager telles pratiques.

Vous comprendrez que chiffrer l’impact sociétal et environnemental d’un produit manufacturé, dont les intrants sont issus de plusieurs sources géographiques, peut se révéler une tâche fort complexe et parfois contestable. Alors en attendant que la traçabilité complète, les algorithmes et les protocoles reconnus soient de mise, rien ne nous empêche d’adopter des pratiques qui encouragent le respect et le bien être des familles et des communautés qui sont en lien direct avec la culture ou la production des biens que nous consommons. On pense ainsi à réduire notre consommation qui d’entrée de jeu aura un impact positif dans la lutte au gaspillage et aux changements climatiques; accorder plus d’importance à la qualité plutôt qu’à la quantité qui favorise une production industrielle de masse; acheter directement du producteur pour les produits alimentaires et artisanaux; choisir des produits ou services d’entreprises qui démontrent clairement qu’elles font leur part sur toute la chaine de valeur, etc. Notons aussi des initiatives comme celles initiées en Belgique pour le commerce équitable et en particulier pour les producteurs (prixjuste.be) sont source d’inspiration.

Aussi, il faut se questionner pourquoi payer le prix fort, lorsque l’on sait que la durée de vie d’un appareil est courte et qu’il faudra le remplacer dans un horizon proche. Telles que les notions d’économie circulaire nous l’enseignent, afin de faire face à un épuisement de certaines ressources naturelles (ex. certains métaux), éviter le gaspillage et l’amoncellement des déchets ultimes, il est crucial de concevoir des produits avec une durée de vie longue, et pouvant être réparés, réutilisés ou recyclés, ou encore dont les composantes pourront être revalorisées pour faire de nouveaux produits. De tels critères d’achat doivent être pris en compte pour justifier un prix, un prix juste reflétant aussi des mesures sociales et environnementales respectueuses des individus et de la planète dans toute sa diversité.

Finalement j’aborderai la question de la juste valeur d’un autre type de commodité que sont les crédits carbone en soulignant que l’on ne peut pas s’échapper si facilement de notre devoir de réduire notre empreinte environnementale en achetant des crédits carbone à bas prix, qui financeraient des projets adressant un enjeu environnemental, mais dont la durabilité serait non garantie ou la prise en compte des dimensions sociales inexistante. Il nous revient alors de choisir des projets qui non seulement n’auraient pas eu lieu sans le marché carbone et donnant lieu à des réductions réelles et certifiées, mais aussi, et surtout, qui prennent en compte des retombées positives et concrètes pour les communautés où sont implantés les projets, en plus de mesures environnementales durables.

Alors, oui, les prix augmentent, incluant ceux des produits plus respectueux de la planète et des personnes, et si les choix s’avèrent limités pour une famille de 4 enfants avec un seul revenu, il n’empêche que pour grand nombre de consommateurs-trices payer un prix plus juste pourrait aider à créer du mieux être ici et là-bas. Les impacts dévastateurs liés aux changements climatiques, les famines, et les flux de réfugiés ne feront que grandir si on n’améliore pas les conditions de vie des familles vulnérables et que l’on ne réduit pas nos émissions de gaz à effet de serre. 

 
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Certains d’entre vous l’aviez compris il y a longtemps, d’autres en ont pris conscience ces dernières années en s’informant sur les enjeux entourant la crise climatique et pour celles et ceux qui douteraient encore, ces quelques lignes tenteront de vous convaincre. Car l’un ne va pas sans l’autre, la survie de l’espèce humaine est intrinsèquement liée à celle de notre environnement, et par environnement, j’entends, les éléments naturels (air, eau, sol) et la biodiversité qui englobe l’ensemble des espèces vivantes (animales, végétales et micro-organismes).

Certes, pour les amateurs de science-fiction, la vie humaine pourrait être préservée, réfugiée sous un dôme en mode autosuffisance, laissant à l’extérieur de ce microcosme un milieu aride, sans vie de quelque nature qu’elle soit. Mais est-ce vraiment ce à quoi nous rêvons ? Et combien auront survécu les multiples cataclysmes qui auront sévi aux quatre coins de notre chère planète d’ici là ?

Soyons honnêtes avec nous-mêmes…tout le monde aspire à respirer un air pur, à avoir accès à une eau potable, et préfère avoir une forêt en arrière de sa maison à une décharge ou une usine. Mais tout cela vient de plus en plus à un coût fort élevé voir inaccessible pour la grande majorité. C’est devenu un luxe de vivre loin de la pollution, de manger des fruits et légumes libres de résidus chimiques, ou encore d’observer la nature à l’état sauvage.

L’équilibre nécessaire pour vivre bien et en harmonie avec notre environnement a été bouleversé par des choix matérialistes et égoïstes qu’une partie de la population mondiale a faits au détriment de nombreux autres peuples et même de leurs propres concitoyens. Une phrase extraite d’un livre blanc tout juste publié en Nouvelle-Zélande (Investing in Degrowth) fait état du bilan décevant et injuste de ces derniers siècles marqués par le colonialisme, le capitalisme, le machinisme, le spécisme et le patriarcat: « Les pays riches utilisent beaucoup plus que leur juste part des ressources mondiales pour réaliser des gains sociaux marginaux, tandis que les pays pauvres vivent dans les limites de la planète, mais ne parviennent pas à atteindre les principaux indicateurs de bien-être tels que l'espérance de vie et l'accès à l'énergie ».

En effet, si bien des progrès ont été réalisés en matière de justice sociale et environnementale, nous sommes encore très loin de la parfaite équation, et il ne faut pas chercher loin pour observer des reculs significatifs. Un développement plus inclusif priorisant les avancées sociales et la préservation des milieux naturels et de la biodiversité s’avère indispensable. Le bien-être de l’un ne va pas sans celui de l’autre. Ceci dit, la nature pourrait très bien se porter sans la présence du plus grand destructeur, l’humain.

Le manifeste pour un monde en meilleure santé de l’OMS lancé en 2020, comporte comme première recommandation de Protéger et préserver la source de la santé humaine : la nature. Mon article précédent « santé environnementale et santé humaine vont de pair » abonde dans ce sens.

Ce juste équilibre ou les besoins des populations sont satisfaits et les limites planétaires respectées est fort bien illustré par le modèle du beigne (doughnut) de Kate Raworth, de l’université d’Oxford, qui fut révélé et expliqué dans une publication d’Oxfam en 2012. Ce modèle prend en compte un plafond environnemental composé de 9 limites de la planète (Pollution de l’air, changements climatiques, pertes de biodiversité, etc.) et un plancher social composé de 12 besoins de base dont personne ne devrait manquer (alimentation, santé, éducation, eau potable, logement, accès à un travail digne, égalité des genres, etc.) Celui-ci illustre un espace sûr et juste dans lequel l'humanité peut s'épanouir de sorte à repenser l’économie, pour parvenir à répondre aux besoins humains de base et la préservation de l’environnement.

Dans cette même veine, le secteur humanitaire et de développement international, initialement porté sur les causes sociales, révise ses façons d’opérer afin de poursuivre l’aide aux populations vulnérables tout en assurant une durabilité de l’amélioration de leurs conditions et milieux de vie. Intervenant en première ligne, les acteurs de l’humanitaire ont pu constater que la perte de biodiversité, la destruction des milieux naturels et l’intensification des crises climatiques ne font qu’exacerber des conditions déjà fortes difficiles.

Si des projets de développement visant à soutenir des communautés à mieux s’adapter à des climats hostiles ou imprévisibles existent depuis longtemps, ce n’est réellement que depuis une dizaine d’années que la nécessité de préserver l’environnement pour des milieux de vie sains et sécuritaires a vu le jour au travers d’initiatives diverses. Et c’est seulement récemment que les ONG locales et internationales prennent des mesures pour minimiser l’empreinte environnementale de leurs actions et conçoivent des projets qui comportent des indicateurs liés aux impacts environnementaux, cherchant à minimiser les effets négatifs et maximiser les retombées positives.

Le secteur humanitaire commence ainsi tout juste à mesurer sa propre empreinte environnementale et à prendre des mesures pour la réduire voire l’éliminer tant que possible, et sinon compenser. En 2021, une Charte sur le climat et l’environnement pour les organisations humanitaires a été lancée et au moment d’écrire ces lignes, 200 ONG de tous horizons l’avaient déjà signé s’engageant à mesurer et réduire l’empreinte environnementale des programmes et de leurs actions, mais aussi à prendre en compte le leadership des communautés et les savoirs locaux. Ce dernier point est tout aussi important sachant que bien des peuples savaient et pour quelques-uns encore aujourd’hui savent vivre en harmonie avec la nature et préserver le bien être des deux.

Restons lucides et éveillés, si aujourd’hui on en parle autant et que les actions se multiplient ici et là pour préserver la nature et la biodiversité ce n’est généralement pas tant par souci de préserver le juste équilibre que d’assurer que le bien-être de l’espèce humaine ne soit pas compromis par la disparition de nos sources d’alimentations, par le coût grandissant d’accès à certaines ressources naturelles, ou encore par les chaleurs accablantes et inondations. Ce comportement reste propre à notre époque appelée anthropocène. Il ne faut cependant pas décourager toute initiative bénéfique tant sur les plans sociaux qu’environnementaux, mais juste s’assurer que les choix ne soient pas faits au détriment des autres et que l’approche soit la plus inclusive possible, tant pour les peuples que pour la nature que pour la biodiversité, et cela, dans un esprit de réelle durabilité.

Qu’il soit au niveau du secteur humanitaire, des gouvernements, des organisations ou de l’individu, l’avenir nous dira si cette prise de conscience ou plutôt cet éveil s’est produit juste à temps…

Vous trouverez quelques liens pour creuser plus sur le sujet, sur ma page « liens utiles »
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Vous entrez dans une forêt, et soudain un sentiment de bien-être vous envahit…que cela provienne de l’air pur, de la beauté du lieu, de l’absence de bruits mécaniques, de la richesse de la biodiversité, de la lumière qui se glisse au travers de la canopée, des odeurs florales ou d’essences d’arbres qui flottent autour de vous, et de tant d’autres stimuli. Ce n’est pas un hasard, des millions de gens de part et d’autre du globe le ressentent, qu’ils y prêtent attention ou pas. Et à celle ou celui, qui en prend pleine conscience, alors l’effet bénéfique est décuplé, nous entrons alors dans le monde de l’écologie profonde.

Mais revenons en premier lieu à l’environnement urbain, car après tout, la grande majorité d’entre nous habite la cité, grande ou petite, et d’ailleurs d’ici 2050 ce sera le cas pour les deux tiers de l’humanité.  Dans ces milieux de vie fort minéralisés, la nature n’a le droit qu’à une place restreinte et est constamment mise à rude épreuve.

Le débat sur les bienfaits des arbres en milieu urbain n’est plus, c’est un fait, que l’on soit docteur, scientifique, ou tout simplement citoyen. La stratification végétale contribue à la réduction des effets des ilots de chaleur avec leur fonction naturelle de climatisation, elle élimine aussi une partie de la pollution atmosphérique, tout en hébergeant ou nourrissant d’autres espèces vivantes, facilitant ainsi une plus grande biodiversité.

Une partie de la mortalité dans les villes s’explique par un niveau de pollution trop élevé ou des chaleurs trop intenses. Des scientifiques et des spécialistes du corps médical se sont associés pour observer ce lien qui aujourd’hui ne fait plus aucun doute. Au Québec le cardiologue et professeur, François Reeves fait partie de ses personnalités qui révèlent au grand jour la corrélation entre pollution et mortalité.  À l’échelle de la planète, on parle de 7 à 9 millions de décès excédentaires ou prématurés liés à la pollution atmosphérique. En France en 2016, ils étaient 48 000. Si un manque de statistiques récentes ne me permet pas de faire l’état de la situation au Canada ou au Québec, je soulignerai tout de même que la facture pour les couts en soin de santé et invalidité, dus à la pollution atmosphérique, était estimée à 39 milliards de dollars au Canada en 2015, et à 145 milliards d’euros en France en 2016. Car tous ne meurent pas, heureusement me direz-vous, mais on observe une augmentation des maladies cardiovasculaires, des AVC, de l’hypertension, des maladies pulmonaires chroniques, et même du diabète et du mauvais cholestérol dans la longue liste des méfaits de la pollution.
Autre constat, provenant d’études récentes, est le facteur risque croissant lorsque l’on vit proche des grands axes routiers. En effet, il appert que vivre à moins de 300 mètres d’un axe routier majeur peut accroitre jusqu’à 25% le risque de mortalité lié à la pollution.

L’objectif de cet article n’est cependant pas de vous inonder de chiffres, ou de vous faire peur, mais plutôt de vous rappeler ou de vous conscientiser des biens faits de la Nature, que ce soit sur notre corps comme sur notre esprit.
Pour contrer ce danger, une des meilleures armes à notre portée, sont les solutions basées sur la nature (Nature-based Solutions).  Le verdissement de nos milieux de vie permet de réduire la pollution, de tempérer l’atmosphère, en plus de limiter les risques d’inondations et autres conséquences d’événements prenant de plus en plus d’ampleur avec l’intensification de changements climatiques.
Seulement cette nature est trop souvent éloignée de nos milieux de vie directs, de sorte que nous ne pouvons bénéficier de ses bienfaits à titre personnel que de manière sporadique.

Alors que les débuts de la thalassothérapie remontent à la fin du XIXe siècle, nous voyons naitre dans nos contrées, ou ailleurs grandir, une autre forme de thérapie, celle de la sylvothérapie. L’étymologie du mot vient tout simplement de « sylva », qui signifie « forêt ». On utilise aussi le terme « bain de forêt », ou encore « Shinrin-Yoku », son nom au Japon, où cette pratique a vu le jour il y a quarante ans.
Le bain de forêt consiste à s'immerger dans l'ambiance de la forêt et à laisser sa beauté envahir tous vos sens, c’est une invitation à ralentir et à sentir et ressentir avec son cœur et ses doigts, son odorat et son ouïe. Les cures de Shinrin-Yoku sont ainsi prescrites depuis longtemps pas des médecins, au Japon, et en Corée on retrouve des « forêts guérisseuses » avec des instructeurs de l'Agence forestière coréenne qui enseignent aux « patients » les bienfaits des arbres et de la marche en forêt.
Les bienfaits pour la santé sont nombreux et en particulier pour les systèmes cardiovasculaire et immunitaire, et pour la stabilisation et l'amélioration de l'humeur et de la cognition. Passer du temps en forêt permet une diminution de la tension, l’anxiété, la dépression, la fatigue, la confusion et procure un effet déstressant significatif, notre niveau d’énergie augmente. Sur ce dernier point, maintes fois ai-je fait le constat, alors que je me rendais en courant au Mont-Royal sentir mon élan reprendre, une fois dans le sous-bois, et ce, malgré la pente ascendante. 
D’un point de vue scientifique, il s’avère que l’inhalation des composés organiques volatils issus des arbres améliore nos paramètres physiologiques. Les substances chimiques naturelles sécrétées, appelées phytoncides, par les arbres à feuilles persistantes, seraient aussi associées à l'amélioration de l'activité de nos défenseurs immunitaires de première ligne. Autant dire, un bien nécessaire pour les adultes, mais ce contact avec la nature s’avère tout aussi essentiel pour les enfants. En effet il est démontré que les capacités cognitives des enfants se développent plus vite quand ils sont exposés à des espaces verts, et leurs résultats scolaires s’améliorent. Les espaces verts fournissent aux enfants des opportunités uniques telles que l'incitation à l'engagement, la prise de risques, la découverte, la créativité, la maîtrise des situations, et le renforcement de l'estime de soi. Il est donc bienveillant de passer le message : Moins de jeux vidéo et plus de jeux en nature !

Ces espaces verts, on peut certes en retrouver dans nos villes; pour cela, il faut préserver nos écosystèmes et combler le déficit nature en réintégrant des éléments de biodiversité dans nos milieux urbains. Une approche pour y parvenir fait appel à l’écologie urbaine, champ de recherche émergent qui, entre écologie et sociologie, propose de nouveaux modèles pour les villes de demain et ainsi façonner leur juste place dans la biosphère. Si aujourd’hui nous tentons de réparer les erreurs du passé, les nouveaux projets de développement urbain se doivent d’offrir plus de liens directs avec la nature et la biodiversité.

Je terminerais cet article par vous encourager à marcher en forêt une activité d’autant plus nécessaire de nos jours, alors que le confinement tente de nous isoler entre 4 murs et de nous sédentariser, et de vous proposer la bonification d’une devise bien connue avec un troisième élément incontournable :
Un esprit sain, dans un corps sain, dans environnement sain.
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Le Reichstag de Berlin et le Pont-Neuf à Paris tous deux emballés, les « îles entourées » de Biscayne en Floride, les passerelles flottantes du lac d’Iseo en Italie, le mastaba à Londres, etc., toutes sont des œuvres du duo Christo et Jeanne-Claude, passé maitre de l’entoilage de l’espace. L’artiste-plasticien vient de s’éteindre 5 jours avant la journée mondiale de l’environnement et 11 ans après le départ de sa compagne de vie et tendre complice.

On aime, on n’aime pas…comme pour tout travail artistique les avis sont partagés et les raisons multiples…c’est ce qui constitue la diversité et c’est tant mieux. Mais là n’est pas la question. Quelle que soit l’appréciation que l’on a de l’esthétisme de l’œuvre, il faut reconnaitre que le travail de ce couple est sans aucun doute original et chargé de message. Des œuvres éphémères, longuement réfléchies, et nécessitant moult acrobaties certes d’un point de vue technique, mais aussi logistique et pour convaincre les plus hautes instances gouvernementales pour donner vie à ces réalisations monumentales.  

Par contre, lorsque certains journalistes, blogueurs ou critiques d’art les qualifient d’artistes environnementaux ou écologistes, ce que Jeanne-Claude n’hésitait pas elle-même à clamer, sous prétexte qu’ils nettoient le lieu de l’intervention, récupèrent ce qu’ils ont amené et recyclent la majorité des composantes de l’œuvre, je ne suis pas d’accord. De tels propos démontrent qu’il y a une incompréhension de ce qu’est avoir une conscience environnementale. Dire que ces œuvres sont respectueuses de l’environnement, c’est ne pas saisir l’impact réel de telles aventures et ne pas prendre en compte la vraie facture environnementale d’un tel déploiement.
Le cycle de ces œuvres monumentales, conception à part, implique un nombre d’étapes important qui chacune a son impact environnemental qu’il serait trop facile d’oublier. Je pense à la fabrication incluant l’extraction des ressources, le transport des matériaux, les travaux d’installation de l’œuvre, le démantèlement de cette même œuvre, et le transport à nouveau menant soit au recyclage (non sans impact environnemental) soit au site d’enfouissement.

Recycler c’est bien, mais ce n’est pas la panacée. Peut-on dire qu’un individu qui recycle 75% ou même 100% des matières recyclables qui lui passent entre les mains se qualifie d’environnementaliste ou même d’écolo, je ne crois pas. Cela prend bien plus et ce serait mécomprendre ce qu’est la préservation de l’environnement et la lutte aux changements climatiques. Avant de recycler, il convient de Réduire et de Réutiliser. Si nous consommons 1,75 fois les ressources naturelles que ce que la Terre peut renouveler dans la même année, c’est justement parce que nous consommons à outrance (particulièrement dans les pays industrialisés) et que nous évoluons dans un modèle linéaire qui prévaut encore aujourd’hui, accumulant des tonnes de déchets ultimes en fin de parcourt.  

Remettre un lieu en son état naturel est en soi déjà une bonne chose, mais encore faut-il avoir fait l’inventaire de la biodiversité pour pouvoir conclure que l’après est comparable à l’avant, ce qui n’est généralement pas le cas, car un milieu naturel perturbé peut mettre de nombreuses années à revenir à son état initial, s’il y parvient.

Difficile débat me dirait vous…sans tomber dans le duel Culture populaire vs Environnement. Je dis culture populaire, au sens d’attirer les foules, car les œuvres de Christo ont fait converger des millions de personnes pour les admirer. Tout comme pour le secteur du tourisme, les destinations populaires deviennent des aimants à touristes au point de dépasser leur capacité d’accueil et engendrer des répercussions négatives, parfois irréparables, sur la vie locale tant humaine, qu’animale ou végétale. Voir mon article de blogue intitulé « Tourisme durable et tourisme de masse, il y a-t-il compatibilité ? ».

Alors que faire…l’Art est là pour nous émouvoir, nous enseigner, nous faire rêver… Il peut nous déranger, nous offusquer, nous braquer… Mais il ne devrait pas générer des dommages irréversibles que ce soit consciemment ou inconsciemment. Il est de la responsabilité de tous de préserver nos milieux de vie, et je parle de milieux de vie sains. Comme dans bien des secteurs l’approche d’analyse du cycle de vie prenant en compte les impacts sociaux, économiques et environnementaux, et j’ajouterais culturels, depuis la conception à la disposition, s’impose.

Bien sûr, l’objectif ultime de ces quelques lignes n’est pas tant de m’en prendre au travail de ce duo d’artistes ou à leurs encenseurs, que d’éveiller le lecteur que vous êtes à l’importance de bien prendre la mesure lorsque l’on parle d’environnement et plus spécifiquement de défense de l’environnement et du droit à un environnement sain. Les enjeux de la crise climatique bien qu’en partie éclipsée ces derniers temps, ne se sont pas évanouis et ce n’est pas parce que dans certaines villes on a pu respirer un air plus pur et voir le retour d’une certaine biodiversité que la partie est gagnée. Il y a eu aussi bien des reculs ces derniers mois dans les comportements, ne serait-ce qu’avec l’utilisation accrue du plastique à usage unique, des masques qui se joignent aux déchets abandonnés dans nos rues aux côtés des emballages de fast-food, des achats en ligne, ou encore la baisse du prix de l’essence favorisant son utilisation et l’achat de véhicules énergivores. Bien des gouvernements ont aussi assoupli des règlements pour accélérer les choses, laissant de côté ou reportant la mesure environnementale.
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Nous tentons de nous remettre tant bien que mal de la pandémie qui nous a tous pris par surprise. La tâche n’est pas simple et sera de longue haleine. Aspirons quoiqu’il en soit à une relance juste et verte, inclusive et durable.

Frédéric

Ce Blogue est pour moi une vitrine d'idées, de réflexions et de recommandations sur tout sujet touchant de près ou de loin aux notions de durabilité environnementale, de transition écologique et de résilience climatique.

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