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Cet article ne fut pas des plus faciles à écrire pour moi, car si contrairement aux précédents je n’ai effectué que peu de recherches pour le rédiger, il a cependant nécessité une profonde réflexion sur mon rôle en tant que vecteur de communication de la cause environnementale et des bonnes pratiques à adopter. Cette réflexion m’a rappelé que je suis encore loin d’être exemplaire et que si bon nombre d’ami·es trouvent que je représente un bon citoyen défenseur de notre chère planète, mon empreinte environnementale continue de naviguer bien au-dessus du plafond idéal de ce qui est soutenable.


Un certain malaise s’installe ainsi dans mon esprit, à savoir, comment puis-je être critique du comportement des autres si moi-même je n’agis pas en conformité avec les recommandations que je prêche. Suis-je même crédible lorsque j’incite au changement de comportement ?


Cette question, sans aucun doute, bien des acteurs environnementalistes et écologistes se la posent; et elle est valable, quelle que soit la cause soutenue. Ce questionnement pourrait être encore plus lourd de sens si je faisais partie d’un mouvement environnementaliste, car chez les « purs et durs » il n’y a pas grande place aux fautes d’écart, on peut même se faire montrer la sortie pour ne pas vivre selon les valeurs véhiculées.  Certaines personnes y dénonceront un manque de tolérance, et pourraient conclure que d’un bord comme de l’autre de la barrière, il n’y a pas de place pour celles et ceux qui ne respectent pas le code de conduite.


Est-ce pour cela que je n’ai jamais osé franchir le pas de me joindre à un groupement d’activistes comme Greenpeace, Extinction Rebellion ou encore les Soulèvements de la Terre? Ou est-ce la peur de me voir fiché un jour par la police, dans un monde où certaines paroles ou certains gestes, incluant ceux qui visent à dénoncer le tort causé au bien commun, peuvent subir une répression plus appuyée de la part des autorités gouvernementales et finir condamnés. Un rapport d’Amnesty International souligne d’ailleurs très bien cette tendance mondiale, de l’État de droit menacé.


Ces questions, je me les pose et les retourne dans tous les sens ces jours-ci, car le secteur de l’aide internationale que je fréquente depuis 10 ans est malmené et mon espoir d’y poursuivre carrière s’amenuise. La prochaine étape pourrait me mener vers un changement important de mon occupation professionnelle, mais aussi de mon quotidien…


Mais revenons au sujet principal, avec une petite anecdote non anodine. Je me trouvais assis à la table, en France, chez une amie en compagnie de sa fille. Je me suis mis à questionner cette jeune entrepreneure sur un modèle d’affaires qu’elle avait initié et qui consiste à remettre en marché des vêtements de seconde main. C’est ainsi qu’au cours de la conversation je me suis mis à donner une leçon sur les impacts environnementaux d’un modèle qui, si de prime abord part d’un bon principe, génère un impact environnemental non négligeable principalement dû au mode de livraison porte-à-porte. Mon intervention, probablement mal amenée, résultat en une question directe de sa part : « et toi tu es venu comment du Canada ? ». Cette question m’a surpris, créant un certain inconfort et pour laquelle j’ai tenté de défendre mon choix. Oui j’ai pris l’avion, mais c’est le mode le plus viable en fonction du temps qui m’est imparti, ai-je ainsi répliqué. J’aurais pu argumenter que mon bilan reste honorable sachant que de toute façon je travaille fort dans mon métier à encourager le changement comportemental en faveur d’un environnement plus sain, à établir des politiques et des guides de bonnes pratiques « vertes » …blablabla.


Mais en fin de compte la vraie question réside dans mon choix de vie qui, reconnaissons-le, m’amène à prendre l’avion régulièrement soit pour le travail soit pour motifs personnels. Les personnes expatriées ou travaillant à l’international sont constamment frappées par ce dilemme…enfin, lorsque la conscience environnementale les habite.

Pouvons-nous parler de décroissance et consommer sans retenue ? Pouvons-nous travailler pour un organisme défenseur de l’environnement et commuter tous les jours en auto solo? Pouvons-nous nous dire écolos sans être végétariens ? Pouvons-nous animer des ateliers, conférences ou formations sur les bonnes pratiques environnementales et en même temps voyager aux quatre coins de la planète ? Dans ce dernier scénario, je ne peux m’empêcher de penser à cet ex-PDG de Greenpeace, Paul Gilding, qui aujourd’hui parcourt le monde pour encourager les entreprises à adopter des pratiques plus durables.


À ma défense et à celles et ceux qui vivent tel dilemme, je crois que dans bien des cas le coût environnemental est nécessaire, car les retombées peuvent être bien plus importantes que de rester dans son coin. Si les communications virtuelles avec la vidéoconférence aident à informer et sensibiliser, elles démontrent rapidement leurs limites (liens sociaux amoindris, cocréation faible, connexions défaillantes, etc.), et ne sont pas non plus sans impacts sur la planète (énergie, eau, minerais…en lien avec les data centers, l’IA, et le matériel informatique).


Soyons clairs, dans nos sociétés modernes, vivre sans empreinte environnementale est impossible, et avoir un bilan carbone positif requiert de jouer la carte de la compensation or celle-ci ne répond généralement pas à l’enjeu sur le court terme et peu dans bien des cas s’avérer totalement inefficace.

Alors même si la fin justifie les moyens, on doit tout de même se demander si cela va dans le bon sens. On ne parle pas juste de changements climatiques, mais bel et bien d’urgence climatique. L’urgence d’agir pour inverser la tendance, soit arrêter le réchauffement planétaire en réduisant significativement les émissions de CO2. Sans oublier l’urgence de freiner la destruction de la biodiversité, enrayer la pollution tous azimuts, et agir positivement que ce soit par la régénération des sols, le nettoyage des cours d’eau, la conversion aux énergies renouvelables (et non le simple ajout d’une autre source d’énergie), la réintégration de la biodiversité, etc.


À mesure urgente…réponse drastique alors? Là, je sens que je vais perdre du monde ;-)

Mais soyons honnête, si on veut voir un réel changement, on ne peut pas attendre que la prochaine génération s’engage, il nous revient à tous·tes de faire les justes choix, et maintenant.  


Dans mon cas, ce serait de réduire drastiquement l’avion en premier lieu, et aussi passer à un régime végétarien. Suis-je prêt à le faire et accepter pleinement de tels choix de vie ? … j’espère que les prochains mois vont m’apporter les réponses, que je puisse ainsi vivre, le plus possible, en toute cohérence avec mes valeurs.


Pour conclure, je reviens sur le titre de l’article « pureté militante ». Un terme qui peut faire penser à une course à la perfection pouvant aboutir en une forme d’élitisme pour certains et de découragement pour d’autres. Telle terminologie est liée à une forme de moralisme progressiste, soit un moralisme réprobateur et justicier, tel que l’explique la sociologue Wendy Brown.

Vous comprendrez que si j’ai utilisé ce terme, ce n’est pas juste qu’il m’avait récemment interpellé, mais aussi pour piquer la curiosité chez les gens. Car, plutôt que de chercher à adopter la ligne de conduite irréprochable, avec le « ni écart, ni contradiction », tentons avant tout de garder une certaine cohérence entre nos propos et nos actes, ou encore comme le dit cette expression québécoise que j’affectionne, « que nos bottines suivent nos babines ».

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Frédéric

Ce Blogue est pour moi une vitrine d'idées, de réflexions et de recommandations sur tout sujet touchant de près ou de loin aux notions de durabilité environnementale, de transition écologique et de résilience climatique.

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